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PAXTU

Au cours d’un voyage de plusieurs semaines en Afrique de l’Est qui m’a permis de découvrir le Kenya, la Tanzanie et l’Uganda, j’ai tenu à visiter le dernier endroit où a vécu le Chef, Lord Baden-Powell lui-même.

Jean-Luc DASCOTTE


Out of Africa...

A la fin de sa vie en effet, fort affaibli par une vie bien remplie (1), le vieux général avait choisi  de se retirer au pied du Mont Kenya, dans la région des Central Highlands, à 100km environ au nord de Nairobi.
Son ancien secrétaire particulier durant la Grande Guerre, Eric Walker, y avait construit le Outspan Hotel, lequel existe encore de nos jours et accueille une clientèle plutôt fortunée depuis le début des années 1920.
Lord Baden-Powell y fit un premier séjour en 1927, au cours d’un voyage qui devait lui faire revoir la Rhodésie du Sud (ex-Matabeleland et actuel Zimbabwe), et fut séduit par la douceur du climat des Hauts-Plateaux, à l’est des Monts Aberdare, et la vue magnifique sur les contreforts du plus haut sommet kényan, qui aujourd’hui encore constitue un défi pour les trekkers entreprenants.

A l’occasion de ce premier séjour, son hôte lui fit la faveur de passer une nuit au Tree Tops, une maison construite dans les arbres et surplombant un point d’eau où se retrouvaient à la nuit tombée tous les animaux de l’endroit, spectacle qui enchanta BP. L’histoire retient que c’est «dans cet arbre que Elisabeth devint Elisabeth II, Reine d’Angleterre», lorsqu’elle y apprit, au cours d’un voyage dans la colonie, la mort de son père Georges VI en 1953...

A son retour en Angleterre, dans sa propriété de Pax Hill, Baden-Powell fort inquiet de l’évolution de la situation politique en Europe, et à l’initiative de son épouse Lady Olave (2), commença à préparer son départ vers ce qui devait devenir son dernier pays, avec l’intention avouée d’y finir ses jours.

Son ami Eric Walker lui fit construire un bungalow particulier sur le site de son hôtel, moyennant l’investissement de 600 livres dans le projet. Ce cottage de plein pied existe encore de nos jours et peut être visité (3). S’il s’agit d’une demeure modeste (un salon avec de grandes baies vitrées, deux chambres et deux petites salles de bain, le jardin qui l’entoure est planté de jacarandas (un arbre à fleurs bleues propres à l’Afrique), la terrasse offre une vue magnifique sur les montagnes et l’ensemble témoigne de la préférence manifestée par Lord Baden-Powell pour la vie au grand air, dont il a eu tant à coeur de souligner les bienfaits.

Dernière habitation de B.P.


Baden Powell lui donna le nom de «Paxtu», qui connaît différentes interprétations: «Pax too» ou «Pax two», rappel de sa propriété en Angleterre, ou encore allusion au terme Swahili «Tu» qui signifie «maintenant» et rappelle combien le vieux Chef aspirait, à l’époque, au repos après une vie si mouvementée.

Ce repos allait être de courte durée.

Don de scouts Américains à Paxtu


Le dernier message


Au début de la guerre, les Italiens qui occupaient l’Ethiopie menaçaient directement le Kenya qui, dans les rêves mégalomanes de Mussolini, devait ouvrir aux fascistes la route de l’Afrique du Sud si riche, et relais stratégique de la route des Indes.

Malgré une supériorité numérique de 40.000 hommes, les Italiens ne devaient jamais y parvenir, et au contraire battre piteusement en retraite face aux troupes impériales du Négus éthiopien, soutenues par les armées britanniques et sud-africaines.

Ce contact avec l’Italie fasciste devait être l’occasion pour Lord Baden Powell de dicter sa dernière recommandation au Mouvement Scout Mondial, dirigée contre toute forme de récupération militaro-politique du mouvement sur le triste modèle des Balilla italiens et autres Hitlerjüngend.

Pour lui en effet, toute forme d’embrigadement forcé de la jeunesse était incompatible avec le principe du libre engagement volontaire et autonome, base-même du système éducatif qu’il avait construit.

Son esprit lui survivrait  - et de quelle façon -  puisqu’il s’éteignit paisiblement le matin du 8 juillet 1941.

Conformément au souhait de Lady Olave, et à sa propre prédilection pour le sol africain, il fut enterré au cimetière de Nyeri, où il repose toujours, et non à l’Abbaye de Westminster, Panthéon britannique où le doyen lui réservait un emplacement (4).

Aujourd’hui, Paxtu est transformé en musée et abrite divers objets intéressant le Mouvement, mais surtout les témoignages innombrables des scouts qui s’y sont succédé le foulard autour du cou. Le livre d’or y relate notamment les impressions d’un scout américain s’y étant rendu quelque jours après le tragique attentat de Nairobi en août 1998, à l’occasion duquel le premier secouriste volontaire à se manifester était un jeune scout kenyan.

Ce livre d’or reprend dorénavant, depuis septembre 1999, les coordonnées de la Première...


Jean-Luc DASCOTTE (ancien SAHI de la WAIGUNGA)


(1) lire à ce sujet la superbe biographie «Baden-Powell» par Tim JEAL, 1989, 670 pages, Ed.
Pimlico (en anglais)

(2) Lady Olave fut la fondatrice du Mouvement Guide

(3) sans droit d’entrée pour les visiteurs que le gardien identifie  - Dieu sait comment -  comme
scouts ou anciens scouts...

(4) ce même emplacement (à la base de la nef droite) est marqué d’une stèle rendant hommage
à Lord Baden-Powell et Lady Olave.

Stéphane LABYE à la B.P. HOUSE (Févr. 2000)

Stéphane LABYE,
Sizenier à la Khanniwara (2000/2001)
à côté du "Chef"
au musée TUSSAUD à Londres
(17-12-1999)




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